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PIOUS ILLUSION – LA PIEUSE ILLUSION February 22, 2017

Posted by aldelsol in ART.
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The unrestrained historical sense, pushed to its logical extreme, uproots the future, because it destroys illusions and robs existing things of the only atmosphere in which they can live. Historical justice, even if practised conscientiously, with a pure heart, is therefore a dreadful virtue, because it always undermines and ruins the living thing: its judgment always means annihilation.

If there be no constructive impulse behind the historical one, if the clearance of rubbish be not merely to leave the ground free for the hopeful living future to build its house, if justice alone be supreme, the creative instinct is sapped and discouraged.

A religion, for example, that has to be turned into a matter of historical knowledge by the power of pure justice, and to be scientifically studied throughout, is destroyed at the end of it all. For the historical audit brings so much to light which is false and absurd, violent and inhuman, that the condition of pious illusion falls to pieces. And a thing can only live through a pious illusion. For man is creative only through love and in the shadow of love’s illusions, only through the unconditional belief in perfection and righteousness.

Everything that forces a man to be no longer unconditioned in his love, cuts at the root of his strength: he must wither, and be dishonoured. Art has the opposite effect to history: and only perhaps if history suffer transformation into a pure work of art, can it preserve instincts or arouse them.

Such history would be quite against the analytical and inartistic tendencies of our time, and even be considered false. But the history that merely destroys without any impulse to construct, will in the long-run make its instruments tired of life; for such men destroy illusions, and “he who destroys illusions in himself and others is punished by the ultimate tyrant, Nature.”


Le sens historique, lorsqu’il peut régner sans entraves et tire toutes les conséquences de sa domination, déracine l’avenir, parce qu’il détruit les illusions et enlève aux choses existantes l’atmosphère qui les entoure et dont elles ont besoin pour vivre. C’est pourquoi la justice historique, lors même que l’on en ferait profession, sous l’inspiration des sentiments les plus purs, est une vertu terrible, car elle sape toujours par la base et elle détruit ce qui est vivant.

Juger, pour lui, c’est toujours anéantir. Quand, derrière l’instinct historique, il n’y a pas un instinct constructeur qui agit, quand on ne détruit et ne déblaye point, pour qu’un avenir déjà vivant en espérance édifie sa demeure sur le sol débarrassé, quand la justice seule règne, alors l’instinct créateur est affaibli et découragé.

Une religion, par exemple, qui doit être transformée en savoir historique, une religion qui doit être étudiée de part en part, scientifiquement, une fois cette étape franchie, sera, par là même, détruite. Toute vérification historique amène au jour tant de choses fausses, grossières, inhumaines, absurdes, violentes que, forcément, se dissipe l’atmosphère d’illusion pieuse où tout ce qui a le désir de vivre peut seul prospérer. Car l’homme ne saurait créer qu’en amour ; abrité par l’illusion de l’amour, il aura la foi absolue en la perfection et la justice.

Dès que l’on force quelqu’un à ne plus aimer d’une façon absolue, on a coupé la racine de sa puissance : dès lors il desséchera, c’est-à-dire qu’il ne sera plus sincère. Il faut opposer aux effets de l’histoire les effets de l’art, et c’est seulement quand l’histoire supporte d’être transformée en oeuvre d’art, de devenir , qu’elle peut conserver des instincts et peut-être même éveiller des instincts.

Or, une pareille façon d’écrire l’histoire serait en parfaite contradiction avec la tendance analytique et anti-artistique de notre époque, on irait même jusqu’à y voir une falsification. Mais les études historiques qui ne font que détruire, sans qu’un profond instinct édificateur les dirige, usent et déforment peu à peu leurs instruments. Les historiens étouffent les illusions, et « celui qui détruit les illusions, en lui-même et chez les autres, sera puni par la nature, qui est le plus sévère des tyrans ».

Etudes Historiques – 7 – par Nietzsche